DUR DUR D'ETRE UN PTIT JUIF
- 1 nov. 2025
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Dernière mise à jour : 2 nov. 2025
La longévité du peuple juif étonne souvent. De grands empires, qui l’ont dominé, l’assyrien et le babylonien par exemple, ont disparu. Qu’on nous apprenne qu’Abraham est monté un jour à dada sur un dinosaure serait presque dans l’ordre des choses. Pourtant, il n’y a que 15,7 millions de Juifs dans le monde. C’est tout. N’est-ce pas bizarre également, voire quasi ridicule en plus de 3 500 ans !
Ecartons immédiatement l’hypothèse d’un peuple guère intéressé par la bagatelle ou d’un interdit religieux en la matière. C’est tout le contraire avec le commandement : « Croissez et multipliez ». Bien sûr, les persécutions ont été la cause de terribles saignées. En 1939, 16,6 millions de Juifs étaient recensés. Il n’y en avait plus que 11,5 millions en 1948. Plus du tiers du peuple a donc été effacé pendant la Shoah. Plus de huit décennies après la tragédie, les effectifs ne sont pas toujours reconstitués. Ce massacre sur une échelle industrielle a été le pire mais il y eut d’autres hécatombes. Les Croisades ont marqué les esprits. Toutefois, même hors d’Europe, notamment en terre d’islam, les Juifs ont souffert. Et puis, il faut ajouter les épidémies. Ainsi, quand la population européenne a été réduite d’au moins un tiers au quatorzième siècle par la peste noire, les Juifs n’ont pas été épargnés. Cela ne les a pas empêchés d’en être jugés responsables comme s’il existait un six-cent-quatorzième commandement : « Tu empoisonneras les puits des chrétiens ». Pourtant, les tueries et la propagation de microbes contagieux ne suffisent pas à rendre compte du mystère du petit peuple.
Entre 65 et 650, la population juive dans le monde a diminué d’environ 5 millions à 1 million, c’est-à-dire approximativement de 80 %. En terre d’Israël la chute est encore impressionnante. En passant de 2,5 millions à 100 000, la décrue a été de 96 %. Selon Maristella Botticini et Zvi Eckstein, plus de la moitié de cette baisse ne s’explique pas par des causes extérieures comme les guerres et leurs conséquences mais par des facteurs internes, c’est-à-dire liés à l’évolution même de la condition juive. Tandis que plus de 80 % des Juifs travaillent dans l’agriculture, les chiffres varieront peu ou prou sur l’ensemble de la période, la place de l’étude s’accroît significativement. L’historienne France Gall a rattaché l’invention de l’école à Charlemagne. En fait, les organismes de formation à la lecture sont au moins aussi anciens que l’écriture. Le peuple juif, lui, est caractérisé par sa généralisation de l’instruction publique. Avec Shimon ben Shetah, au premier siècle avant l’ère courante, des écoles gratuites sont fondées pour les 16-17 ans. Un siècle plus tard, le grand prêtre Joshua ben Gamla publie une ordonnance obligeant toute famille juive à envoyer dès 6 ans ses fils à l’école primaire.
En d’autres termes, tandis que le travail agricole requiert énormément d’efforts, nécessitant la présence du chef de famille et de ses enfants dans les champs, les dirigeants du peuple, qui sont désormais ses chefs religieux, mettent l’accent sur une activité qui peut s’apparenter à du luxe, l’étude des textes sacrés. Or, au même moment, une religion qui sera longtemps considérée comme proche, le christianisme, émerge. Sa pratique est beaucoup plus accessible. Beaucoup de Juifs vont alors préférer « changer de crèmerie ». Effectivement, au fil des siècles, à chaque fois où on a essayé de les appâter en leur offrant une meilleure vie s’ils se convertissaient, des masses de Juifs ont quitté leur peuple d’eux-mêmes. Cependant, comme leur démarche était le plus souvent intéressée, les Juifs étaient suspects d’insincérité. Ce qui était inévitable. En Espagne, un nouveau chrétien est surpris le vendredi soir à déguster de la viande par une inspection de l’Inquisition. Sommé de se justifier, il répond : « En me versant de l’eau sur la tête, vous avez affirmé que j’étais devenu un chrétien. Eh bien, j’ai versé de l’eau sur le poulet en l’invitant à devenir un poisson ».
Les sociétés occidentales sont moins religieuses que lors des siècles précédents. Les Juifs ne sont plus obligés de se convertir pour être traités juridiquement comme des égaux. Ce sont des citoyens en principe comme les autres. En revanche, dans leur vie sociale, les préjugés et la méfiance n’ont pas disparu. Ils sont contraints de donner des gages en permanence pour être acceptés. Aujourd’hui, le test porte le nom d’un pays, Israël. La guerre que lui a imposé le Hamas depuis le 7 octobre, qui n’est que le dernier épisode du refus palestinien de l’existence d’un Etat juif, a été présenté aux Juifs de la Diaspora comme un génocide, un massacre, etc… La pression est folle. Certains pensent montrer patte blanche en blâmant bruyamment Netanyahou, il est lui-même sévèrement critiqué en Israël après tout, en le mettant sur le même plan que le Hamas, voire en hurlant qu’il est pire – cela dépend de l’interlocuteur. Ceux qui restent Juifs aujourd’hui donnent leur vie, leur argent, leur temps pour Israël. Ils ne cèdent pas d’un pouce face au matraquage médiatique. Consciemment ou pas, les autres sont sur le départ, attirés par le miroir aux alouettes de la convivialité. Voilà pourquoi finalement il y a si peu de Juifs.
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