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PASSONS AU-DESSUS DE ÇA...

  • il y a 6 jours
  • 3 min de lecture

Les ennemis d’Israël se disent fans du judaïsme, de son folklore, qu’ils distinguent du sionisme. Selon eux, il y aurait une gentille religion qui s’opposerait au nationalisme d’un peuple, lequel n’existe  pas – ce qui rend d’ailleurs impossible son extermination. Bientôt célébrée, la fête de Pessah montre que la loi, la nation et la terre sont étroitement imbriquées chez les Juifs.


A John Foster Dulles, secrétaire d’Etat des Etats-Unis, qui lui demandait si les Juifs longtemps dispersés dans le monde pouvaient prétendre aujourd’hui former un seul peuple, David Ben Gourion répondit : « Il y a trois cents ans, le Mayflower quittait l’Angleterre avec les colons qui allaient fonder la plus grande démocratie du monde. Faites-moi une faveur. Allez dans la rue et interrogez dix enfants américains sur : 1) le nom du capitaine du Mayflower, 2) la durée du voyage, 3) le menu présenté aux passagers et 4) les conditions de la traversée de l’océan. Maintenant, permettez-moi. Il y a trois mille deux cents ans, les Juifs quittaient l’Egypte. Allez dans n’importe quel pays et interrogez dix enfants juifs sur : 1) celui qui a sorti leurs ancêtres d’Egypte, 2) combien de temps a duré le voyage, 3) ce qu’ils mangeaient et 4) ce qui s’est passé quand ils se sont trouvés face à la mer ». A Pessah, qui commémore cette épopée, les Juifs du monde entier prient pour se retrouver l’an prochain à Jérusalem. Cela figure en toutes lettres dans le texte de la Haggadah.

 

La lecture de la Haggadah constitue le fil rouge de la fête. La problématique de la transmission y est centrale. La curiosité des plus jeunes est attisée. Quatre catégories d’enfants sont distinguées afin que les explications soient adaptées à leur personnalité. Le paradoxe est que la Haggadah vise à sensibiliser à l’importance de la sortie d’Egypte mais sans la raconter. Vous souhaitez savoir ce qui s’y est passé ? Plongez-vous dans la Bible, livre de L’exode. Ce soir-là, tout tourne autour des leçons à tirer des événements. La distance entre le récit et cette forme de questionnement rend secondaire les précisions sur le déroulement des faits. Le pharaon était-il Ramses II ou son fils Mérenptah, dont une stèle mentionne pour la première fois le nom d’Israël ? Les Hébreux étaient-ils juste composés d’un petit groupe de Lévites comme le pense le bibliste Richard Friedman ou s’agissait-il plutôt d’une troupe de lépreux menés par un prêtre hérétique conformément à la thèse de l’historien égyptien Manéthon qui a inspiré le « Moïse » de Freud ? Qu’importe. Il convient de se focaliser sur le sens.     


La signification de Pessah montre à quel point la manière d’être juive contraste avec le regard que les Occidentaux posent sur le monde. Bien sûr, en surface, des similarités sont observables. Le respect d’autrui, de ses droits, la générosité envers lui, font partie du judaïsme comme du christianisme et des idéologies humanistes qui en émanent. Et effectivement, malgré de petites nuances dans leur énonciation, « les Dix Commandements » se retrouvent dans tous ces univers. Seulement, une fois ce constat établi, leur mise en œuvre révèle des approches irréconciliables. Pessah est une fête qui célèbre non pas la Liberté – les Juifs diront que, pour cela, il y a des statues – mais la Libération. Pour les maîtres de la sagesse juive, cette notion transcende l’évasion d’Egypte d’esclaves hébreux conduits par Charlton Heston dans le rôle de Moïse à moins que ce ne soit le contraire. Le texte de la Haggadah stipule que chaque Juif doit se sentir comme s’il était lui-même sorti d’Egypte. En d’autres termes, son devoir est de briser toutes les chaînes qui l’asservissent : son confort, son statut, sa routine… – à lui de réfléchir.


L’action de se libérer implique un effort, de la transpiration, un chemin à parcourir qui se traduit par un véritable examen de conscience. L’idée de culpabilité morale a causé un électrochoc sous nos latitudes. La tradition juive s’est notamment heurtée à la perspective grecque. Le philosophe Michel Onfray, qui soutient avec vigueur les penseurs présocratiques et leur ordre naturel, s’est montré très critique envers le judaïsme, cela indépendamment du rapprochement qu’il a esquissé plus tard avec les Juifs comme peuple contre l’islamo-gauchisme. La divergence avec le christianisme n’est pas moins forte. Le mode de fonctionnement juif est étranger au « aime et fais ce que tu veux » de l’évêque d’Hippone, Saint Augustin. Inspiré par cet adage, le communisme qui jurait de représenter la fraternité universelle a tout de même provoqué la mort de cent millions de personnes. La pureté des intentions ne pardonne rien. En conclusion, si l’on est prêt à sortir de sa zone de confort, à se remettre en cause, à préférer les questions aux réponses, on ne peut qu’apprécier davantage le Ma nichtana. Parce que, oui, cette nuit est différente des autres nuits.   

 
 
 

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