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FETE DES LUMIERES

  • 13 déc. 2025
  • 4 min de lecture

Le monde est bien fait. L’humoriste Elon Gold explique que, si Noël avait été une fête juive, les rabbins se seraient disputés sur les critères de conformité du sapin, sur le type de  bénédiction, sur le moment –devant la porte de la maison, une fois entrés, etc… Ouf, Noël est une fête chrétienne ! On l’a échappé belle... Les Juifs, eux, ont Hanoukka, d’une logique illuminante sans être ampoulée.


Le premier paradoxe de Hanoukka est peut-être qu’aucun des quatre livres des Maccabées, qui relatent notamment les événements à l’origine de la fête, à savoir la révolte juive contre les Grecs séleucides qui occupaient la Judée, n’est inclus dans le corpus des textes sacrés juifs tel qu’il a été fixé par les autorités religieuses et qui est formé de vingt-quatre livres. En revanche, les chrétiens l’ont intégré en partie à leur propre canon. Le rejet juif s’explique surtout par la déliquescence de la dynastie hasmonéenne dont les faits et gestes sont abondamment narrés par la suite. La famille qui conduisit l’insurrection s’arrogea le pouvoir et le règne de nombre de ses souverains fut en effet catastrophique. Ainsi, de manière totalement inhabituelle, quelques-uns procédèrent à des conversions forcées de nations vaincues à la guerre. Rappelons que le prosélytisme est étranger au judaïsme. Le fameux Hérode, roi bâtisseur mais d’une cruauté légendaire, est issu d’une de ces peuplades converties. Il procéda au massacre de quantité de sages qui réprouvaient sa conduite immorale et sa mégalomanie. Au bout du compte, de cette famille, seuls surnagent les initiateurs de la rébellion et la fabuleuse reine Salomé Alexandra. Pas suffisant.


Cela n’a pas empêché les Juifs de célébrer au fil des siècles cette victoire dont la réalité est par ailleurs attestée de façon incontestable par les historiens. De cette manière, Hanoukka se démarque de Pourim et de Pessah où l’on peine à trouver des preuves irréfutables des péripéties évoquées dans les textes. Cet épisode fait donc intégralement partie de la culture juive. A la suite du succès de Maccabi Tel Aviv contre une équipe grecque dans un match qui s’était déroulé pendant la fête, le Premier ministre d’Israël Menahem Begin avait un jour félicité l’équipe israélienne pour être la digne héritière de ses glorieux ancêtres. Pourtant, si l’on s’en tient strictement à la religion, Hanoukka commémore le miracle d’une petite fiole d’huile qui a éclairé le Temple de Jérusalem pendant huit jours, le temps que de l’huile sacrée puisse être produite à nouveau. Bien sûr, il y a un lien. Les Grecs avaient profané le Temple et, sans leur défaite, il n’y aurait pas eu de miracle. Pourtant, les rabbins ont décidé de modifier la signification de la fête. Il est indispensable de s’élever, de prendre de la hauteur au-delà du triptyque des fêtes juives : on a voulu nous tuer, nous avons gagné, commençons le repas.


Cet affrontement entre les Grecs et les Juifs en masque un autre, plus profond encore. Il oppose les Juifs entre eux. Le roi séleucide Antiochos IV est réputé pour avoir encouragé l’hellénisation de la Judée. En fait, il sert ici de bouc-émissaire très commode. Ce sont les élites juives hellénisées qui ont poussé à la transformation de Jérusalem en cité grecque. Un nouveau paradoxe apparaît à cet endroit. On aurait pu s’attendre à ce que l’explosion de violence soit provoquée par des gardiens du Temple, dans tous les sens de l’expression, des figures religieuses horrifiées par la modernité. Or, c’est l’intolérance des partisans du Greek way of life qui doit plutôt être incriminée. Ainsi, ils ne se contentèrent pas de se tenir à l’écart de la circoncision qu’ils jugeaient archaïques mais ils militèrent pour son interdiction pure et simple. Ayant été eux-mêmes circoncis, ils se trouvaient dans une situation désagréable. L’état de nudité était obligatoire au gymnase, cet incontournable de la culture grecque. En s’y rendant, ils étaient exposés aux quolibets. Même si une intervention chirurgicale, l’épispasme, permettait la restauration du prépuce, le traumatisme n’en était pas moins fort. D’où leur position jusqu’au-boutiste si l’on peut dire. 


Moins qu’une obsession pour ce que Pierre Perret nomme le zizi, il s’agit d’un quête obsessionnelle de normalité. Autant que de porter des noms grecs, le but des hellénisés était d’être imités par les autres Juifs. Cela afin que, même totalement intégrés, personne ne leur ressorte leur judéité à la vue de quelques pratiques exotiques. Confinant parfois à l’absurde, la coercition religieuse est bien connue. En Israël, un  projet de loi visait à modifier la mission des agents de sécurité pendant Pessah : rechercher dans les sacs les miettes de pains plus que des bombes. Chez les fanatiques antireligieux, l’étroitesse d’esprit est dissimulée mais elle n’est pas moindre. La croisade menée contre la nomination de David Zini à la tête du Shin Bet est typique. Voici un officier au parcours irréprochable. Sur quoi a-t-il été attaqué ? Sur son mode de vie religieux, ses onze enfants et son espérance messianique. La question n’est pas de savoir si croire en la venue un jour du messie est plus ridicule que porter au pinacle l’Etat de droit mais d’accepter les valeurs d’autrui. En outre, un peu de cohérence ne ferait pas de mal. Si les religieux sont un danger, pourquoi réclamer leur mobilisation et les armer ? A moins que l’on ait en tête une hiérarchisation de la société : les laïcs qui éclairent et les religieux qui servent de chair à canon. Lumineux.

 
 
 

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2 commentaires


Josiane Kahn
Josiane Kahn
14 déc. 2025

Un commentaire qui nous conduit où on ne s’attend pas : ça donne à penser, merci.

Mention spéciale pour la « fabuleuse reine Salomé Alexandra »😉

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Philippe Broda
Philippe Broda
14 déc. 2025
En réponse à

Pour Salomé, je ne suis effectivement peut-être pas très objectif...

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