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LA GUERRE DE POURIM

  • 8 mars
  • 4 min de lecture

Dernière mise à jour : 9 mars

A la mémoire de Ruth S.


Peut-être inspirées par la Metro Goldwyn Mayer, les autorités israéliennes désignent l’opération militaire en cours comme le « rugissement du lion » tandis que les Etats-Unis ne sont guère plus sobres avec « fureur épique ». En raison des hasards du calendrier, le conflit pourrait également être baptisé guerre de « Pourim » qui a eu lieu ces jours-ci.   


Avec la fête de Pourim, les Juifs commémorent un événement qui se serait déroulé dans l’Empire perse sous le règne de Xerxès. A l’instigation du grand vizir Haman, le méchant de l’histoire, un décret d’extermination est prononcé contre eux. Grâce à l’intervention héroïque d’une des leurs, la reine Esther, un coup de théâtre se produit : c’est Haman et les siens qui finiront pendus au gibet qu’ils avaient fait ériger contre leurs ennemis jurés. En souvenir, lors de la lecture de la meguila, les fidèles agitent des crécelles ou tapent des mains sur les pupitres de la synagogue afin que du bruit recouvre le nom Haman à chaque fois qu’il est prononcé. L’originalité de Pourim réside dans le fait que, pour la première fois dans les textes sacrés du judaïsme, il n’est pas question d’intervention divine. Si Dieu agit, c’est de manière indirecte, masquée. Une des significations du nom Esther, dissimulation, l’atteste. L’habitude de se déguiser et le carnaval sont le reflet de ce jeu entre la réalité et les apparences. Au-delà de l’identité des protagonistes, Juifs et Perses, s’il y a un point commun entre Pourim et cette guerre, c’est que Dieu est bien caché et qu’il aime les coups de billards à trois bandes. Les biscuits traditionnels de la fête, les oreilles d’Haman, sont sur le point d’être renommés, oreilles de Khamenei. 


Ce remake de Pourim est en même temps la suite d’une série « La guerre des douze jours » qui a été diffusée sur les écrans l’année dernière et a connu un franc succès auprès du grand public. Il arrive que, entre deux tournages d’une série, le récit évolue de façon discontinue. Ainsi, quand un acteur devient un peu gourmand sur son cachet, son personnage peut être amené à sortir subitement de l’histoire et être « tué » par les scénaristes. Dans le cas présent, il est difficile de savoir si le Guide Suprême de la Révolution islamique Ali Khamenei a réclamé une rémunération déraisonnable à l’équipe de production en s’appuyant sur sa centralité dans l’histoire – qu’aurait été « Dallas » sans l’affreux JR ? – ou si son remplacement, par son fils dit-on, qui possède toutes les caractéristiques pour incarner un méchant encore plus odieux, le « camper » pourrait-on dire, pour emprunter un mot à Jean-Luc Mélenchon qui n’est hélas ni dans la liste des personnages de la série, ni trop vorace sur le plan financier, est voulu. Ajoutons que le moment choisi pour la disparition de Khamenei, l’imam pas si bien caché finalement, au tout début de la saison deux, est assez osé et peu courant. Pour les fans, cela a eu l’effet d’une bombe.


Quoique le téléspectateur se laisse volontiers prendre, il faut admettre que l’enchaînement entre les deux saisons est loin d’être d’une cohérence à toute épreuve. A la fin de la saison un, Donald Trump s’était autocongratulé en proclamant qu’il avait anéanti les capacités nucléaires de l’Iran et qu’il avait écarté tout danger en la matière pour plusieurs dizaines d’années. C’était le happy end et, moins d’un an plus tard, le Président des Etats-Unis envoie sur zone son invincible armada afin d’exercer des pressions lors de négociations qui s’engagent sur le danger du programme nucléaire iranien (et de missiles balistiques, une nouveauté dans le scénario). La question de la précision des horloges n’est pas la plus dérangeante. On pourrait s’en sortir en notant que Trump s’est trompé et qu’il désire corriger. Non, ce qui justifie l’arrivée de la flotte américaine est en fait un motif secondaire dont tout le monde se fiche éperdument. C’est là que le bât blesse évidemment. Le régime des mollah a fait tirer sur la foule et on dénombrerait environ 30 000 morts sans compter les blessés et les arrestations d’opposants. Pourtant, si l’on suit le scénario, c’est pour cette raison que Trump a lancé la saison deux.


Or, qui se soucie du sort de la population iranienne ? Pas les masses occidentales qui ne voient dans ces massacres pas grand chose d’expérienciel ou d’immersif pour elles. Encore moins les pseudo progressistes qui ne peuvent qu’être incommodés par les images des ravages de l’islamisme. Alors, le mieux est d’enfouir sous le tapis, persan ou pas. C’est pourquoi d’ailleurs, face à l’invraisemblance d’une action en faveur des Iraniens, les discussions qui ont précédé la guerre n’ont à aucun moment intégré une dimension de politique intérieure telle qu’une libéralisation partielle du régime. Tous les échanges ne portaient que sur le nucléaire – enrichissement, entreposage, mécanisme de contrôle – ou sur les missiles balistiques, avec quelques incursions sans conviction sur les proxys du régime (Hezbollah, Houtis…). Ce hiatus entre le déclencheur de la saison deux, les hécatombes, et la thématique des négociations est une faiblesse scénaristique fâcheuse. La deuxième limite est que les experts sur les plateaux de télévision masquent mal (Pourim, Pourim) leurs émotions. D’où des analyses qui louvoient entre comique et ridicule. Cela brouille les repères : nous sommes dans le genre drame. Ne l’oublions pas.      

 
 
 

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