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LES MOTS POUR LE DIRE

  • 24 janv.
  • 3 min de lecture

Se livrer à des anthropomorphismes consiste à se situer à hauteur d’homme pour décrire le comportement de créatures non humaines, divinités ou animaux principalement. Parler des sentiments de Dieu, tout comme évoquer la déclaration d’amour d’une perruche ondulée sont des anthropomorphismes. A manier avec précaution.    


Dans les textes sacrés juifs, les rapports entre Dieu, qui relève de l’infini, et les êtres humains, ô combien finis, ne peuvent éviter les anthropomorphismes. Il est ainsi notoire que Dieu exprime sa « colère » quand l’homme se comporte mal. Selon Moïse Maïmonide, le Rambam, deux niveaux de pratique religieuse sont à distinguer. Dans le premier, des fidèles respectent la loi juive par crainte d’être châtiés ou dans l’espoir de percevoir une rétribution symbolique, voire encore mieux, une récompense matérielle. Par contraste, deuxième cas de figure, d’autres s’y conforment et la suivent pour elle-même, considérant que sa valeur morale doit être entièrement déconnectée des conséquences pratiques qu’elle engendre. Le premier niveau, celui de la majorité des croyants, est peut-être plus naïf mais est-ce si important finalement ? Que l’individu agisse par peur d’être foudroyé par un Etre supérieur ou par élévation d’esprit est finalement secondaire. L’essentiel est qu’il ne dérobe pas le bien de son prochain, qu’il montre le bon exemple. C’est au premier niveau de religiosité que les anthropomorphismes sont omniprésents.


Selon la Haggadah de Pessah, l’enfant simple d’esprit doit être instruit de la sortie d’Egypte en évoquant l’intervention de Dieu « avec une main puissante », la sienne logiquement même si ce n’est pas précisé – on ne voit en effet pas à qui d’autre cette main pourrait bien appartenir. Maïmonide, qui était un philosophe rationaliste, s’est attaqué à la tension existant entre la perfection divine et les limites inhérentes au langage humain. Comment rendre compte de l’indicible ? Une célèbre blague permet de toucher du doigt la nature du problème. Elle met en scène un Juif qui implore Dieu avec solennité : « Ô toi pour qui l’océan est comme une goutte d’eau,  ô toi pour qui la plage est comme un grain de sable, ô toi pour qui l’éternité est comme une seconde, ô toi pour qui un million de dollars est comme un centime, donne-moi je t’en prie un centime ». Après un bref silence, une voix grave se fait entendre dans le lointain  : « Alors, attends une seconde ». Au bout du compte, il apparaît que le débat sur l’essence divine est diablement explosif.


 La théologie négative, dont Maïmonide a été un ardent promoteur, repose sur l’idée qu’on ne peut affirmer ce que Dieu est mais plutôt ce qu’il n’est pas. Comme si la moindre qualité ou attribut contribuait à l’enfermer dans un périmètre inévitablement trop étroit. Bien sûr, Dieu n’a pas d’enveloppe corporelle, encore moins de barbe blanche ou de tatouage : « C’est moi le chef ici ! ». Il n’a pas non plus de voix à proprement parler. Cette perspective vaut pour la moindre tentative de description. Il n’est normalement pas possible de prétendre que Dieu aime le chocolat –  juste qu’il n’aime pas, voire qu’il déteste, le tofu. Pourtant, dans les religions monothéistes, la dévotion envers Dieu prend habituellement des formes positives. Les croyants louent un Dieu puissant et non pas « qui n’est pas faible ». Dans le même ordre d’idées, Dieu est grand, voire le plus grand tant qu’à faire, puisque le recours à des superlatifs a pour vocation de renforcer l’enthousiasme des fidèles. Cette longue introduction était indispensable pour mieux comprendre la nouvelle polémique qui oppose la nation juive à la mouvance des Insoumis. Au cœur du conflit se trouve une nouvelle accusation d’islamophobie.  


« Allahu Akbar » est une formule que la communauté des croyants prononce souvent dans l’islam. Sa signification – Dieu est plus grand, le plus grand – s’inscrit pleinement dans ce schéma de mise sur un piédestal de la figure divine dans l’univers religieux. Or, en hébreu, le mot hébreu « ahbar » signifie souris, rat. La députée LFI Ersilia Soudais est la première à avoir soulevé le lièvre. En tant que vice-présidente de la commission sur l’antisémitisme, elle est toujours à la pointe du combat contre les Juifs. Selon elle, la langue hébraïque est islamophobe. Delphine Horvilleur est aussitôt montée au créneau pour expliquer qu’il fallait plutôt songer à une souris qu’à un rat, qu’il y a des souris sympathiques comme Mickey, et que c’est ce que l’hébreu a en tête. En tant que collectif de Juifs, Tsedek a toutefois exigé que l’Académie de la langue hébraïque de l’entité sioniste inverse la signification des mots « ahbar » et « arié », lion, afin que la traduction devienne « Allah est un lion ». Une fois n’est pas coutume, Aymeric Caron a pris en position en faveur des Juifs, s'attirant les foudres de Rima Hassan. Selon lui, les rongeurs sont de braves bêtes et, en Inde, les rats sont même vénérés dans le temple de Karni Mata. Affaire en cours…

 
 
 

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