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" QUAND J'ENTENDS LE MOT CULTURE...

  • 20 déc. 2025
  • 4 min de lecture

…je sors mon revolver » est un slogan nazi. Privé de son indépendance, le peuple juif a été dispersé sur tous les continents où il a survécu presque deux mille ans grâce à sa culture d’essence religieuse. Cette dimension culturelle est-elle compatible avec l’émergence du renouveau politique qu’a été le sionisme. Et puis de quelle culture parle-t-on ?   


En marge du sionisme politique dont Theodor Herzl fut le catalyseur, un autre sionisme dit culturel a vu le jour pratiquement au même moment à la fin du dix-neuvième siècle. Sa voix, Asher Zvi Hirsch Ginzberg, était sceptique face au projet politique. Il imaginait mal que la Palestine, qu’il avait visitée, soit bientôt capable d’absorber la majorité du peuple juif. Le faible niveau de développement économique ne l’autorisait pas à ses yeux. Dans ces conditions, puisque la place de la Diaspora resterait centrale, l’effort devrait porter sur la culture, l’éducation des masses. Les défis à cet égard ne manquaient pas. De nombreux Juifs étaient attirés par la voie de l’assimilation dans leur pays d’accueil, prêts à renoncer à leur identité contre la promesse de la fin de leur persécution, ou pire appâtés par le miroir aux alouettes du communisme. Dans son esprit, le danger qui menaçait le peuple juif n’était donc pas son existence physique. A la suite du terrible pogrom de Kichinev, il préconisa la mise en place de groupes d’auto-défense juifs mais la nécessité de trouver une solution à un massacre sur une grande échelle ne faisait pas partie de son champ cognitif.


Ginzberg est mort en 1927. Il n’est évidemment pas possible d’affirmer qu’il aurait changé d’avis avec la montée du nazisme. Cependant, une telle conjecture n’est pas absurde. Il se souciait sincèrement du sort de son peuple. Son nom de plume, celui sous lequel il est connu, Ahad Ha’am, est souvent traduit par « l’homme ordinaire ». Les sionistes culturels contemporains, eux, n’ignorent pas qu’une extermination de masse a eu lieu et que le progressisme mondial aujourd’hui se sent libre d’hurler à la mort contre les Juifs – dans les meilleures universités étatsuniennes, cet appel est considéré comme relever de la liberté d’expression. Ils savent qu’Israël, qui compte dix millions d’habitants, est viable. Pourtant, ils affichent eux aussi de grosses réserves par rapport au sionisme politique. Avec un côté plutôt chic, leur critique est fondée sur la religion. Ils représentent ainsi le visage moderne de l’orthodoxie antisioniste, en s’en différenciant surtout par sa plus grande ouverture sur le monde. L’argument qu’ils ressassent en boucle est une citation de Menahem Frouman, rabbin de Tekoa en Cisjordanie mais fervent pacifiste : « La terre ne nous appartient pas, c’est nous qui lui appartenons ». Assurément, ils ont été piqués par un mystique.


Cette position n’est pas avant-gardiste dans le sens où ces intellectuels montreraient la voie à une population qui peine à trouver son chemin. Non, ces individus sont de purs élitistes. Par contraste avec Ahad Ha’am, ils se moquent du devenir des simples gens comme d’une guigne. Prenons comme exemple David Haziza qui, d’une certaine manière, est touchant. Bien qu’il écrive : « un certain kitsch diasporiste (…) s’imagine que le Juif, dès lors qu’il n’a pas d’armée ‘à lui’, est forcément meilleur qu’un militaire israélien », toute sa réflexion vise à démontrer précisément le contraire. En quoi le sionisme classique est-il un échec ? Parce que son but n’était tout de même pas d’entasser des Juifs dans des « cités dortoirs » ! Ah si les survivants de la Shoah, dont aucun pays ne voulait, et les expulsés des pays arabes étaient venus s’installer à Jérusalem à Mishkenot Sha’Ananim, magnifique quartier d’artistes, cela aurait eu du cachet mais, comme ce n’était pas réalisable, dehors le petit peuple. On n’ose lui demander s’il aurait soutenu l’immigration des Juifs Européens loqueteux en Palestine en 1939 au cas où les Britanniques auraient donné leur accord. Le sionisme, c’est  pour une minorité de privilégiés.


Tout est à l’avenant. L’idée de faire fleurir le désert lui est drôle. Chez Aharon David Gordon, le travail offrait aux Juifs une voie vers la rédemption. Ils pratiqueraient des activités qui, comme l’agriculture, leur étaient interdites en Diaspora. Pour Haziza, l’élévation ne passe pas par la cueillette des oranges mais par l’étude de la Kabbale. Son amie Noémie Benchimol est tellement éloignée des Israéliens normaux qu’elle oublie qu’ils servent dans l’armée. Ils n’ignorent donc pas ce qui se passe à Gaza. Leur manque d’empathie pour les Palestiniens n’est pas lié à des médias à la botte de Netanyahou mais au fait qu’on n’a jamais vu un pays pleurer les pertes ennemies autant que les siennes pendant des combats. Haziza et Benchimol suggèrent une solution politique qui ne peut que recueillir l’assentiment de leurs amis progressistes. Puisque les Palestiniens ne céderont pas, les Juifs renonceront à leur Etat à condition que ceux d’entre eux qui souhaitent s’élever spirituellement soient autorisés à vivre leur judaïsme à Safed ou à Jérusalem dans l’Etat palestinien qui remplacera Israël. Les autres ? Sans havre protecteur, ils dépendront du bon vouloir des nations. A glacer le sang ? On l’a dit, ils s’en fichent. C’est si élégant.

 
 
 

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