TANT QU'IL Y AURA DES JUSTES
- 15 nov. 2025
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Pendant des siècles, les Juifs ont subi la vindicte de peuples qui assumaient leur racisme. Beaucoup d’entre eux sont déroutés parce que l’antisémitisme revêt aujourd’hui les atours de l’antiracisme. Alors les Juifs se sentent seuls… mais ils ont tort. Gilbert Bécaud l’a chanté : « La solitude, ça n’existe pas ». Ils ont des soutiens, certes peu nombreux, mais d’une infinie qualité. A comparer à leurs ennemis.
En 1953, l’Etat d’Israël créait le mémorial de Yad Vashem en souvenir des victimes de la Shoah. A cette occasion, il décidait d’honorer les non Juifs qui se sont mis en danger pour secourir des Juifs. Aider un Juif était passible de mort. Cette reconnaissance s’est traduite par le statut de « Juste parmi les nations » en référence au Talmud et à la citation « Quiconque sauve une vie sauve l’univers tout entier ». A de très rares exceptions, la commune française du Chambon-sur-Lignon étant la plus notable, c’est à des individus et pas à des entités collectives que cette distinction était destinée. Cela signifie que des personnes ont refusé de se laisser emporter par l’antisémitisme ambiant. La Pologne, où la haine des Juifs était particulièrement vivace, figure même en tête du classement des Justes. Les paysans Jozef et Wiktoria d’Ulma décidèrent ainsi de cacher huit Juifs dans leur grenier. Dénoncés, ils furent exécutés avec toute leur famille, sept enfants si l’on compte le dernier dont la naissance était imminente. Dans leur village de Markowa, la plaque commémorative évite le mot « Juif » pour désigner ceux que les Ulma abritaient. Dans ce contexte, le mérite de ces Justes n’en est que plus digne d’admiration.
De par son environnement familial, James Grover Mc Donald n’avait aucune raison spécifique de se soucier de la question juive. Expert en affaires internationales, il fut nommé en 1933 Haut-Commissaire pour les réfugiés provenant d’Allemagne. Face à l’indifférence du monde, il démissionna mais sans abandonner les Juifs à leur sort. Lors de la conférence d’Evian en 1938, il essaya de peser de tout son poids afin de leur trouver un pays d’accueil. Malgré le résultat une nouvelle fois décevant, comme habité, Mc Donald continua de se multiplier sur tous les fronts. L’ambiance feutrée des milieux diplomatiques n’émoussa pas le caractère aiguisé de son jugement. Après une rencontre avec Ernest Bevin, le Secrétaire d’Etat britannique aux Affaires étrangères, il écrivit : « Je devais me dire à moi-même que je n’avais pas Hitler face à moi ». Ses yeux étaient dessillés. Les gens de bonne compagnie, même ceux qui boivent le thé à cinq heures avec l’auriculaire levé ne sont pas vaccinés contre l’antisémitisme le plus furieux. Mc Donald fut récompensé de son soutien au peuple juif en devenant le premier ambassadeur des Etats-Unis. Il n’en a pas reçu la médaille mais il s’est conduit en juste.
En fait, de tout temps, des hommes et des femmes ont réussi à s’affranchir des préjugés antisémites véhiculés par leur culture. A cet égard, ceux qui se dressent fièrement aujourd’hui contre les ennemis d’Israël sont tout autant des Justes que ceux des années quarante. La juriste ougandaise Julia Sebutinde entre dans cette catégorie. Elle est l’unique juge de la Cour Internationale de Justice à s’être opposée à l’intégralité des mesures préventives associées à l’accusation de l’Afrique du Sud selon laquelle Israël commettait un génocide à Gaza. Même le juge israélien Aharon Barak, qui n’était pas d’accord non plus avec l’avis de la majorité des juges n’avait pas osé allez aussi loin, que ce soit par crainte d’apparaître fanatique ou par volonté de conserver l’illusion qu’une réconciliation par l’intermédiaire du droit était envisageable à terme. La juge Sebutinde a été beaucoup plus tranchante s’exposant par contrecoup au désaveu de son propre gouvernement qui déclara que sa position ne reflétait pas celle de l’Ouganda. Il est très plausible que son appartenance au mouvement chrétien évangélique ait favorisé sa lucidité.
Se réclamer de l’humanisme n’aide pas véritablement puisque le message qu’il véhicule a été l’objet d’un dévoiement par la mouvance gauchiste. Qu’il est beau l’universalisme des réunions en « non-mixité » pour « racisés » ! En revanche, comme avec la juge Sebutinde, le rattachement à des idéologies philosémites peut jouer un rôle utile… sans être non plus une condition nécessaire. En effet, nombre de soutiens, comme Mc Donald, n’ont ni sympathie préalable, ni de connaissance sur l’identité juive. Ils ressentent simplement un malaise ou bien s’interrogent face à l’avalanche d’attaques ignobles qui s’abattent sur Israël. L’enrobage de bons sentiments visant à masquer le but réel, régler son compte à ce concentré de juiverie, ne trompe pas ces êtres d’exception. Non seulement ils comprennent mais, c’est la grandeur de leur attitude, ils sont incapables de glisser sous le tapis cette dissonance cognitive entre la doxa bien-pensante et les faits. Bibi ? La colonisation ? Quelle que soit leur origine sociale, ces justes des temps modernes ne tombent pas dans le piège grossier. C’est autre chose. Souvent, ils n’ont pas le sentiment de se conduire de façon héroïque. Selon Erasme, « on ne naît pas homme, on le devient ». Là est certainement l’humanisme, le vrai, l’exigeant.
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