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UNE LANGUE DE "VIPERES LUBRIQUES" * ?

  • 29 nov. 2025
  • 4 min de lecture

« Pour moi, c’est de l’hébreu » et « pour moi, c’est du chinois » sont deux équivalents qui marquent une incompréhension, laquelle peut créer un malaise, le sentiment d’être pris en faute, voire de la colère. Mais alors pourquoi chercher uniquement des noises aux Juifs ? La multitude des Chinois rend leur extermination assurément éprouvante mais il doit y avoir une autre explication.  


La langue hébraïque a connu un parcours presque aussi extraordinaire que ses locuteurs, les Juifs. Elle s’est fixée dans un texte sacré. Jusqu’à la destruction du Second Temple de Jérusalem, outre son utilisation dans un cadre religieux, elle était employée dans la vie quotidienne par une partie des Juifs résidant en Judée, sur leur terre, mais pas tous. En ces temps anciens, l’hébreu était concurrencé par l’araméen, langue véhiculaire du Moyen Orient. A Pessah, l’invitation de se joindre au repas destinée aux nécessiteux était ainsi formulée en araméen. Cela pour que, selon les sages, tout le monde puisse la comprendre. L’impact de la dispersion du peuple juif a été considérable sur l’hébreu. Non pas que le caractère dramatique de la situation a laissé les Juifs cois mais, au contact d’autres populations, ils ont été amenés à communiquer dans de nouvelles langues. Au fil des siècles, l’hébreu est progressivement tombé en désuétude. Seuls les voyageurs juifs pouvaient être amenés à y recourir quand ils rencontraient des coreligionnaires dans une autre contrée. Cantonné surtout à la prière, il avait tous les traits d’une langue morte.


L’hibernation de l’hébreu s’est prolongée jusqu’à ce que le renouveau national du peuple juif ne le ressorte du congélateur au dix-neuvième siècle. Or, le monde avait changé. Les transformations socio-économiques se conjuguaient à l’émergence de nouvelles formes de savoir. Pour que leur langue soit en mesure de s’adapter à ces bouleversements, les Juifs disposaient d’une unique source, la Bible, constituée seulement de 8 600 mots différents parmi lesquels 2 000 hapax, des mots qui ne figurent qu’une fois dans le texte et dont le sens n’est, de ce fait, pas évident. Antérieurs même à l’expression d’une volonté de retour à Sion, les premiers romans écrits en hébreu – Abraham Mapu fut un pionnier en la matière – témoignent de l’ampleur de la tâche. « J’ai donné ma montre à l’horloger » était rendu par « J’ai donné mon indicateur d’heures au réparateur d’indicateur d’heures ». De plus, l’hébreu ancien était la langue d’un peuple de pasteurs et de petits agriculteurs. Il était riche en types de pluie, en synonymes de désert, en catégories d’animaux et de végétaux spécifiques. Le message religieux juif, sa quête spirituelle, ne fut pas sans effet non plus sur son champ lexical.


Nos amis antisémites sont alors en capacité de mobiliser leur indépassable culture pour faire le job. Selon eux, Yom Kippour où les Juifs prient Dieu de pardonner leurs manquements n’est pas la preuve d’une démarche sincère, d’une réelle introspection comme ceux-ci le prétendent, mais d’une perversion démoniaque. La liste des péchés qu’ils se reprochent est tout bonnement ahurissante : les fautes commises par inadvertance, les fautes commises par ignorance, les fautes commises avec préméditation, etc... N’oublions pas les fautes par la main droite ou l’oreille gauche. En inventant les mots qui correspondent à ces situations, ils ont donné la preuve de leur obsession maladive pour le mal. En contrepartie, les contemporains des patriarches Abraham, Isaac et Jacob délaissaient la science. Il faudra des millénaires avant qu’ils acceptent de parler de fusion thermo-nucléaire. De nos jours, hélas, les repères sont brouillés. Procéder à son examen de conscience est habituellement bien perçu malgré des résistances comme celle de Michel Onfray, vif critique de la culpabilité morale judéo-chrétienne. Et puis les Juifs, y compris les sionistes à boycotter, trustent les prix Nobel scientifiques.


Quoi qu’il en soit, sous l’impulsion d’Eliezer Ben Yehuda, l’hébreu s’est lancé dans une entreprise de modernisation. Des principes généraux ont dû être édictés : quelles langues éclaireraient cet immense chantier – sagement, Ben Yehuda valorisa l’arabe, autre langue sémitique – ou encore quelle prononciation serait retenue puisque, éparpillés dans le monde, les Juifs ne s’entendaient littéralement pas sur ce point. Les membres du Comité de la langue hébraïque ont dû souvent rire en débattant des propositions de nouveaux mots ou néologismes. Malgré tous les efforts, les traces de l’ancienneté de la langue demeurent. La lettre ע se dit ayin, qui signifie œil. Dans sa forme ancienne, elle ressemblait vraiment à un œil. Sans même parler de la valeur numérique des lettres, le poids du symbolique est fort. Les lettres s’écrivent en passant sous le trait de la ligne : ך,ן,ף,ץ à une exception le ל, lamed, qui signifie étude et part vers le haut. Interprétation : seule l’étude permet de s’élever. L’homme nouveau est fier de lui et refuse tout archaïsme qui le rattacherait à la continuité de l’espèce. L’écriture du français est inclusive. En hébreu, propriétaire est synonyme de mari. Une langue à effacer, on vous dit. D’un coup d’abracadabra. A-bara-ca-dabra ? Celui qui crée comme il parle. On n’en sort décidemment pas…


* « Vipère lubrique » : expression apparue à l’ère stalinienne pour disqualifier les ennemis du régime mais aussi du communisme en général. De nos jours, on dit plutôt « fasciste », « sioniste » ou « réac ».     

 
 
 

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